| 16 / 04 / 2007 : KIMMO AHOLA |
Aux Studios Abbey Road - Par Kimmo Ahola. 1er jour - 21 février 2007 5h45. Réveil Il fait -29°C dehors. Merde, je me demande si la LT va démarrer parce qu’elle n’a pas de chauffage interne. En fait, elle en a un… mais bien évidemment, personne n’est allée le faire réparer il y a trois semaines, juste au moment où ce temps froid est soudainement arrivé. Et ce, malgré le fait qu’au printemps dernier déjà, l’appareil en question avait cessé de fonctionner. Heureusement, le véhicule a finalement démarré. Je me suis mis en route pour la gare, j’ai voyagé en train vers Helsinki et me voilà maintenant à Seutula, à attendre que l’avion décolle. Je ne suis pas dans le même avion que « les Stars ». Pour être franc, c’est ma faute puisque j’ai réservé ma place trop tard. Les mecs ont un vol direct vers Londres alors que je ferai escale à Oslo. Nous partirons plus ou moins à la même heure mais les garçons arriveront à Londres deux heures avant moi. Jusqu’ici, je n’avais pas eu le temps de prendre conscience des faits récents : Abbey Road est peut-être le studio le plus légendaire au monde. Bon, d’accord, oubliez le peut-être. Pendant les prochains jours, je vais devoir absorber tous les savoir-faire possibles. Je vais probablement être un vrai emmerdeur. 18h00. Londres, enfin. …enfin ! Les vols avaient du retard et Heathrow était embouteillé. L’avion a quitté Oslo avec 45 minutes de retard et, en plus de cela, nous avons tourné au dessus de Londres pendant 30 minutes avant d’avoir l’autorisation d’atterrir. Comme si ce n’était pas suffisant, après l’atterrissage nous avons dû attendre 40 minutes de plus pour qu’un terminal se libère. Heureusement, le trajet de l’aéroport à l’hôtel se passa sans encombre, grâce à l’excellent réseau métropolitain londonien. Avec deux changements de ligne, je suis arrivé à environ 300 mètres de mon hôtel. J’avais prévu de visiter les studios et d’y apporter du matériel mais j’ai décidé d’annuler ce déplacement parce qu’il était déjà presque 20h00. Demain, à 9h30, nous commencerons le travail et j’aurai le rôle d’auditeur. 2ème jour - 22 février 2007 7h30. Réveil Il fait froid ! A l’intérieur, pas seulement dehors. La fenêtre qui fait environ deux mètres de hauteur ne fait rien pour retenir le froid à l’extérieur. Le savoir-faire des charpentiers Finlandais pourrait être utile à cet hôtel quatre étoiles. (Je me demande s’ils n’ont pas leur propre système de classification des hôtels au Royaume-Uni. En Finlande, ce serait considéré comme auberge de jeunesse, au mieux). J’ai pris un petit déjeuner rapide et je me suis dépêché d’acheter un nouveau plan de la ville. Celui que j’avais acheté la veille ne couvrait que le centre de Londres et Abbey Road n’y figurait pas. J’ai rapidement trouvé le chemin pour aller au studio et j’ai appelé Ewo qui m’avait demandé d’aller boire un café avec lui (dans son hôtel). Il m’a fallu 30 minutes en métro pour rejoindre l’hôtel Danubis où les garçons se trouvaient, et 10 minutes de marche de là-bas aux studios Abbey Road. Alors que nous nous rapprochions du célèbre passage clouté, où tant de gens se sont fait prendre en photo, j’ai commencé à regarder autour de moi: où peut bien se trouver ce studio ?! Tout autour de moi il y avait de très hauts immeubles qui se ressemblaient à peu près tous. Après un moment, j’ai remarqué l’endroit où nous nous rendions. Il avait l’air très petit de l’extérieur, mais lorsque nous sommes entrés je me suis rendu compte que je me trompais complètement. Il y a deux étages au dessus du rez-de-chaussée et même un sous sol dans lequel se trouve le Studio 1, là où auront lieu les enregistrements d’aujourd’hui et de demain. Lorsque nous y entrons, toutes les préparations sont faites: les micro sont placés, un énorme système d’écouteurs a été construit pour l’orchestre (ils sont 66 musiciens et chacun a ses propres écouteurs, et il y en a presque autant en réserve !). Le mixeur ajustable Neve 88RS domine la salle de contrôle et l’écoute est faite grâce à B&Ws: 3 haut-parleurs à l’avant, un sub et 5 haut-parleurs à l’arrière ! Au studio: L’emploi du temps de la session d’aujourd’hui est le suivant: Il y a ici un tel niveau de compétence dans tous les domaines que ça en devient purement et simplement terrifiant. Dès la toute première prise, le jeu a été remarquable. Il est difficile de croire que les membres de l’orchestre ont reçu leurs partitions il n’y a que quelques instants et qu’ils n’ont pas eu le temps de répéter avant. D’un autre côté, lorsque j’ai su ce que ce groupe avait fait avant, je ne suis pas surpris : le chef d’orchestre a, entre autres, dirigé le London Symphony Orchestra pour les films Harry Potter. L’ingénieur du son, Haydn, s’est occupé du son des films de John Cameron. Il vaudrait mieux qu’un mec venant d’Ostrobothnia ( Pohjanmaa, en finnois) n’essaie pas de leur donner de conseils. La seule chose qui soit légèrement ennuyeux est que l’écoute dans la salle de contrôle, qui est par définition excellente, est TRES FORTE ! Pip nous dit que les haut-parleurs B&W’s sont excellents pour la musique classique, même si certains éléments du déchant tombent souvent en panne, ce que je peux facilement imaginer ! Après l’enregistrement de l’orchestre, il est temps d’enregistrer les instruments “traditionnels” séparément, comme par exemple les timbales, un rail de chemin de fer, un gros morceau de construction d’un appartement (ces deux derniers ont été utilisés pour créer un son type « Jugement dernier » déconcertant, que Tuomas a décrit comme étant la meilleure chose qu’il ait jamais entendu !) Après en avoir fini avec sa contribution pour les timbales, le percussionniste est venu dans la salle de contrôle, très humblement, et a demandé s’il pouvait avoir une copie des notes. Il mentionna qu’il était aussi professeur de musique et ajouta que c’était la session d’enregistrement la plus difficile à laquelle il ait participé. Il nous a dit que ses étudiants pourraient s’entraîner à jouer la musique du nouvel album de NW s’ils commençaient à se trouver “trop bons”. Avoir les notes en face d’eux glaceraient leur sourire. Pendant les écoutes, j’ai vidé au moins deux cafetières (les assistants en amènent une nouvelle à chaque fois que la précédente est vide) et un saladier entier de raisin. Chœur 19h – 22h: 33 chanteurs Le chœur a commencé à chanter sur la première chanson, et j’étais stupéfait quand j’ai su qu’ils ne s’étaient pas entraînés et qu’ils n’avaient même jamais entendu cette chanson auparavant. La chanson n’est pas spécialement facile à chanter et c’est pourtant bouclé en un peu plus d’une demi heure. En fait, ça commence à devenir ennuyant de suivre les enregistrements car rien de « bizarre » ne se passe ! La profession de ces gens est faite de « Pro » ! 3ème jour - 23 février 2007 Je suis arrivé à 11h et j’ai seulement pu entendre la dernière prise avec l’orchestre. Une fois de plus, un spectacle digne des plus grands : plus de deux heures qu’on avait réservées nous sont inutiles. Nous devons attendre un moment parce qu’on a réservé le chœur pour 14h. Nous ne pouvons rien faire de plus. Enfin, les chanteurs sont là et, pour citer Mertaranta [un commentateur de hockey sur glace finlandais extrêmement enthousiaste] : « C’est fait ! ». Je ne peux pas m’empêcher d’admirer ce niveau de compétence dont nous sommes témoins. A 19h, la dernière session d’enregistrement a débuté et il y avait un instrument un peu plus original : le cymbalum qui vient de Hongrie. L’instrument ressemble à un grand piano auquel on aurait enlevé la pièce supérieure et les touches, on y joue en frappant les cordes avec deux « battons ». Dans toute la région de Londres, il n’y a qu’un seul musicien qui sait jouer de cet instrument ! Et cela ne veut pas dire que le mec est mauvais, c’est plutôt le contraire. Il n’y a aucun intérêt à rêver de faire carrière en tant que joueur de cymbalum tant que ce virtuose existe. Ces enregistrements d’orchestre et de chœur sont plus ou moins terminés, on fait une copie du disque dur, on débarrasse le studio des micros (un travail pour les assistants) et on se rend à l’hôtel. La conclusion : Malheureusement, j’ai du rentrer en Finlande samedi matin et j’ai raté l’enregistrement du chœur gospel qui a eu lieu dans le studio 2. Qui est d’ailleurs le même studio qu’un certain groupe, nommé The Beatles, a utilisé pour ses enregistrements ! Plus tard, on m’a dit que ça aurait valu le coup que je les écoute et les regarde. J’espère que les mecs ont pris des photos. Avant cette session d’enregistrement, je me demandais si c’était vraiment nécessaire d’aller au Royaume Uni simplement pour enregistrer les parties orchestrales et les chœurs. Je ne me pose plus la question maintenant; le résultat final était et reste excellent, tout a été fait rapidement et il a été possible de se concentrer sur le plus important qui est de faire de la musique ! De plus, le studio 1 avait un son qui tiendra une grande place dans le résultat final. En Finlande, il aurait fallu que nous réservions une salle de concert pour arriver à un résultat similaire et cela aurait été difficile et pénible. J’attends avec enthousiasme que cet album soit fini ! KimMo
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traduction réalisée par Elise (Elise) exclusivement pour Nightwish France. Reproduction interdite. |